Dossier Ian Rankin


Le Blog du polar suit depuis ses premières années d'existence cet auteur écossais qui non seulement évoque le monde qui l'entoure avec lucidité et générosité mais aussi réussit à créer des personnages qui ont tous pris une place importante dans la vie des lecteurs. Il suffit de se souvenir des réactions de joie sur la toile et les réseaux à l'annonce du retour de l'inspecteur Rebus en novembre 2012 pour comprendre que Ian Rankin est bien davantage qu'un auteur de polar. Cette page est constituée en partie d'extraits d'articles parus dans ce blog. Vous pouvez retrouver l'intégralité des chroniques, des infos et des interviews de Ian Rankin en cliquant ici.


Mini-biographie
Ian Rankin est né en 1960 à Cardenden, village minier situé dans le comté de Fife, en Ecosse bien sûr. La famille est modeste, le père de Ian Rankin est mineur. A la fin des années 60, la famille quitte la ville car la mine ferme. Ian Rankin sera le premier de sa famille à faire des études supérieures. A noter : John Rebus est lui aussi originaire de Cardenden...

Diplômé en littérature américaine de l'Université d'Edimbourg en 1982, il travaille à une thèse de doctorat sur la littérature écossaise, et plus particulièrement Muriel Spark. Il y développe également sa dévotion pour RL Stevenson, natif d'Edimbourg comme lui. Il exerce d'innombrables petits boulots: vendangeur, postier, journaliste, secrétaire et bien sûr... musicien punk avec son groupe les Dancing Pigs. Après son diplôme, il donne également des cours à l'Université d'Edimbourg. En 1986, il épouse Miranda Harvey, puis s'installe à Londres pour 4 ans. Il publie The Flood en 1986, puis le premier volume de la série John Rebus, L'étrangleur d'Edimbourg, en 1987. Entre 1990 et 1996, il vit dans le Périgord, où il écrit sept romans de la série Rebus ainsi que les livres publiés sous le pseudonyme de Jack Harvey. Pendant tout ce temps, aucun de ses livres n'est encore traduit en français. Puis c'est le retour à Edimbourg, où vivent encore Ian Rankin, sa femme et ses deux fils. La dernière enquête annoncée de John Rebus, Exit Music, paraît en Angleterre en 2007 et en France en 2010. Faux départ, et c'est tant mieux !  Aujourd'hui, ses livres sont traduits en 22 langues. Quatre fois récompensé par la Crime Writers' Association, il a également obtenu l'Edgar américain en 2004 et de nombreuses autres récompenses..

Les romans par ordre chronologique


The Flood (1987)
Un roman où l'on trouve déjà toutes les thématiques qui seront développées dans les futurs Rebus, mais qui n'est pas à proprement parler un roman policier. The Flood, non traduit en français, a été publié alors que Rankin était encore à l'Université. Comme par hasard, l'histoire se passe dans une petite ville nommée Carsden, et le personnage principal s'appelle Sandy, le prénom d'un des camarades de classe de Ian Rankin. L'histoire, celle d'une femme marginale et de son fils, essayant d'échapper à un passé lourd de secrets et de douleurs, est une intrigue simple mais forte. D'après l'auteur lui-même : "L'histoire parle d'un adolescent marginal qui grandit dans la même ville que moi, qui tombe amoureux de la fille qu'il ne fallait pas aimer. Une histoire plutôt traditionnelle, faisant largement appel aux mythes et aux symboles." Déjà dans ces pages, on trouve déjà l'acuité de perception d'un auteur sensible et déterminé.

L'étrangleur d'Edimbourg (Knots and Crosses)- 1988 - traduit de l'anglais (Écosse) par Frédéric Grellier, Le Livre de poche, 2004
Le premier John Rebus... Cela mérite bien qu'on s'y attarde un peu. L'histoire se passe... à Edimbourg ! Edimbourg tient dans l'oeuvre de Rankin une place prépondérante, pratiquement aussi importante que celle de John Rebus. Mais chez Rankin, on ne fait pas dans le touristique. C'est le revers de la médaille qui l'intéresse, avec tous les aspects sociaux et politiques que cela implique. Dans ce premier livre, on fait la connaissance de John Rebus, 31 ans, au moment où il effectue un de ses rares pèlerinages dans la région où il est né, pour se rendre sur la tombe de son père. Retour aux sources douloureux, retrouvailles peu chaleureuses avec un frère devenu hypnotiseur à succès. Il pleut, bien sûr. On comprend vite que John Rebus l'inspecteur n'est pas vraiment un "family man" : il est mal à l'aise, ne sait pas quoi dire à ce frère qui est devenu un étranger. De retour à Edimbourg, dans son élément, ce qui l'attend n'est pas réjouissant : une sordide affaire d'enlèvements et de meurtres d'enfants. Deux petites filles viennent d'être retrouvées mortes. John Rebus a beau être un ancien des SAS, il n'en a pas pour autant le coeur sec. L'enquête va être difficile, malgré une profusion d'indices sous la forme de noeuds et de croix (d'où le titre original) qui ont le pouvoir de brouiller les pistes à la puissance 10, accompagnés de messages abscons adressés à l'inspecteur Rebus. Périlleuse aussi, puisqu'elle mettra en danger la famille même de Rebus, et en particulier sa fille Samantha.
Comparé aux livres suivants de la série des Rebus, L'étrangleur d'Edimbourg est un petit livre (288 pages). Et pourtant, Ian Rankin réussit le tour de force de mener le lecteur par le bout du nez dans une intrigue à rebondissements, tout en mettant en scène un personnage fort et tout de suite très attachant dans le cadre d'un Edimbourg débarrassé de ses oripeaux folkloriques, tout entier dans ses bas quartiers, ses secrets inavouables, ses lieux infréquentables. Si Rankin évoque souvent Stevenson, ce n'est pas par hasard : dans ses romans, il s'attache à nous montrer l'envers du décor, le côté Mr. Hyde de la capitale écossaise. Rebus boit trop, c'est sûr. Heureusement pour nous, car c'est l'occasion pour Rankin de nous offrir ses inimitables scènes de pub. Il fume trop aussi, il n'est pas un brave type, il s'est fait plaquer par sa femme... Et il se réfugie volontiers dans la musique, assis dans son fauteuil jusqu'à pas d'heure pour combattre ses vieux démons, au beau milieu d'une enquête sordide... Rankin dit qu'avec ce roman, il n'avait pas l'intention de créer un héros récurrent. On a connu des erreurs plus fatales, puisqu'au final, nous retrouverons John Rebus au coeur de... 18 romans ! Et encore, pas sûr que l'aventure soit terminée...

The Watchman - 1988 - non traduit en français
Pas de Rebus dans The Watchman, mais un espion, Miles Flint, un drôle de type un peu (beaucoup) voyeur, qui prend un certain plaisir à s'immiscer dans la vie privée de ceux qu'il surveille. Tant et si bien qu'il finit par s'amouracher d'une belle Irlandaise, aux dépens de son couple qui s'effrite à toute vitesse. Tout se complique quand Miles Flint part pour Belfast... Ecoutons l'auteur : "Pour The Watchman, je crois que j'ai été très influencé par les anti-héros de Le Carré et de Graham Greene (...)" Un livre rapide, à la structure cinématographique, bourré de clins d'oeil, y compris à John Rebus.

Westwind - 1990 - non traduit en français
A l'origine, une drôle de chose bourrée d'humour basée sur la théorie du complot et située aux Etats-Unis. Navettes spatiales, satellites espions et compagnie... Las, l'éditeur de Ian Rankin n'aime pas ça : il lui demande d'enlever l'humour et les Etats-Unis. Du coup, l'auteur a l'impression d'être dépossédé de son oeuvre. Apparemment introuvable, cette curiosité est devenue un objet de collection !

Le fond de l'enfer (Hide and Seek) - 1991, traduit de l'anglais par Frédéric Grellier, le Livre de poche 2004
Le retour de l'inspecteur Rebus dans une histoire bien noire. Edimbourg toujours, un squat, des junkies, un cadavre, et tout le monde s'en fout. Sauf John Rebus. Tout le monde se contenterait bien d'une bonne vieille overdose. Mais les circonstances de la mort, sa mise en scène, disent à Rebus qu'il s'agit d'un meurtre pas comme les autres. Du rythme, un mélange de lyrisme et de réalisme très personnel, le style de Ian Rankin s'affirme. L'intrigue est haletante à souhait, le contexte social particulièrement oppressant, les constats noirissimes. Un véritable envol pour John Rebus.

A l'exception du Carnet noir, ces livres ont été écrits pendant la période française de Ian Rankin. Vivre en Périgord ne l'empêche pas de parler de l'Ecosse avec une rare acuité. Pas une trace de foie gras et d'accent du sud-ouest dans ces romans-là !

Rebus et le loup-garou de Londres (Tooth and Nail / Wolfman), 1992 - traduit de l'anglais par Frédéric Grellier, Le Livre de poche, 2005
Troisième enquête pour John Rebus, qui, cette fois, s'expatrie (temporairement, qu'on se rassure) à Londres. Vous vous rappelez que, dans L'Etrangleur d'Edimbourg, Rebus avait réussi à venir à bout de l'ignoble criminel qui, non content d'assassiner des enfants, s'en était pris à lui et à sa famille. La police londonienne l'appelle au secours : elle est confrontée à un tueur de femmes qui a la charmante habitude de laisser une empreinte de morsures sur le ventre de ses victimes. On s'en doute, l'affaire ne va pas être simple. Cette fois, Rebus n'est plus seul : il se laisse tenter par l'aide que lui propose une psychologue profileuse. Rebus n'est pas sur son territoire, il est quelque peu déstabilisé par cette ville immense et par ses collègues anglais. L'ennemi héréditaire, en quelque sorte !  Il faut dire qu'on ne l'a pas appelé pour faire du tourisme : l'affaire se déroule dans des quartiers peu recommandables, l'ambiance est angoissante à souhait, et puis cette psychologue... Drôle de fille quand même... Rythme impeccable, personnages noirs comme on aime, intrigue aux petits oignons et rebondissements élégants... Rebus fidèle à lui-même même quand il n'est pas à Edimbourg.

Piège pour un élu (Strip Jack), 1992 - traduit de l'anglais par Frédéric Grellier, Le Livre de poche, 2005
Deux Rebus la même année ! Ian Rankin est vraiment trop bon ! Là, c'est la politique qui prend la vedette. Un jeune député aux dents longues se fait surprendre "bêtement"... dans un bordel. Pas bon pour la réputation, ça. Quand en plus, quelques jours plus tard, la femme du politicien est retrouvée morte, c'en est trop pour Gregor Jack... et pour John Rebus, qui commence à trouver que ça fait beaucoup pour un seul homme. D'autant qu'il éprouve pour le député une sincère sympathie. Dans ce roman, la vie politique de l'Ecosse joue un rôle important, tout comme le contexte social et local. Le personnage de Rebus prend de l'épaisseur, on s'approche davantage de l'homme, bref, on s'attache, on s'attache!

Nom de code : Witch (Witch Hunt), 1993 - traduit de l'anglais par Daniel Lemoine, Le Masque, 2002 / Livre de poche, 2004
Ecrit à l'origine sous le pseudonyme de Jack Harvey (Harvey est le nom de l'épouse de Ian Rankin), c'est un roman "sans Rebus", mais avec MI5. Ce qui ne veut pas dire qu'on a affaire à un roman d'espionnage à la Le Carré ou à la... Ian Fleming. Rankin reste lui-même pour raconter l'histoire d'une terroriste redoutable surnommée Witch après laquelle courent désespérément la police et le contre-espionnage. Un bon gros roman qui donne l'occasion à Rankin de s'étendre sur le contexte social et politique, et de faire voyager ses personnages à travers l'Europe. Une vision des rapports humains résolument lucide et originale, une construction impeccable, un bon roman.

Le carnet noir (The Black Book) - 1994 - traduit de l'anglais (Ecosse) par Michèle et Frédéric Witta, Gallimard, Folio policier 2002
Tout est noir, y compris le titre, dans cet épisode des enquêtes de John Rebus. Pour commencer, il récupère son frère qui sort de prison et est obligé de le loger chez les étudiants à qui il loue son appartement depuis qu'il partage la vie de Patience, sa douce amie médecin. Manque de chance, Patience la perd (sa patience) et le jette à la rue. Voilà Rebus réduit à squatter son propre appartement. Pour tout arranger, un de ses jeunes collègues se fait agresser dans un pub... L'enquête va pousser Rebus à remonter le temps, à se confronter à des fantômes, les siens et ceux des autres. Première apparition de l'ennemi juré et ambigu de Rebus, Ger Caffery, qu'on aura l'occasion de retrouver, et aussi de Siobhan, la détective anglaise au nom irlandais qui prêtera main forte à Rebus à maintes reprises. Corruption, grand banditisme : l'intrigue est de haute volée, Rebus, malgré ses malheurs, reste toujours le meilleur, même si ses méthodes disons... laissent à désirer côté déontologie !

Causes mortelles (Mortal Causes - 1994), Editions du Rocher, 1999 - Folio policier - traduit de l'anglais par Michèle et Frédéric Witta
L'action du roman se situe en été 1993, juste avant l'attentat de Shankill Road perpétré par l'IRA, qui fit de nombreux morts à Belfast. Nous sommes à Edimbourg, en plein Festival théâtral. Mais quand on découvre dans un souterrain le corps d'un jeune homme torturé et assassiné selon les méthodes typiques de l'IRA, c'est pour de vrai. Bien sûr, c'est John Rebus qui s'y colle. Le roman commence à la première personne. Celui qui parle va mourir : c'est le jeune homme assassiné et il vit ses dernières minutes. Il va succomber au fameux "coup du pack de six" : la tête, les coudes, les genoux, les chevilles, signature de l'IRA. Mais pourquoi lui, pourquoi ici, à Edimbourg ? C'est à ces questions que va se trouver confronté Rebus, et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il va se donner du mal pour y répondre. Au passage, on en apprend un peu plus sur le passé de Rebus, ancien du Special Air Service. Il a passé quelque temps en Irlande quand il faisait son service militaire, et en garde des souvenirs douloureux et ambigus. Dans ce roman, Rebus passe beaucoup de temps dans les quartiers défavorisés d'Edimbourg et sa région, et nous brosse un portrait particulièrement noir de la société de l'époque...

Double détente (Bleeding Hearts, publié à l'origine sous le pseudonyme de Jack Harvey - 1994) traduit de l'anglais par Daniel Lemoine, Editions du Masque, 2003 - Livre de Poche
Pas de John Rebus dans ce roman, pour lequel Ian Rankin éprouve une tendresse particulière. Ce thriller haletant met en scène Mike West, tueur à gages qui vient d'exécuter une journaliste qui enquêtait sur une secte américaine. Mais quelque chose ne tourne pas rond. La police intervient vite, trop vite pour que ce soit le fruit du hasard. Qui en veut à Mike West, qui veut sa peau ? Double enquête dans ce livre : celle de Mike West qui cherche à savoir la vérité, et qui est lui-même poursuivi par toutes les polices du territoire anglais et d'ailleurs. Ramifications internationales, cavale meurtrière, ce roman est néanmoins animé d'un humour ravageur, et notamment de quelques saillies savoureuses sur les vieilles différences Angleterre / Etats-Unis.

Traques (Blood Hunt, publié à l'origine sous le pseudonyme de Jack Harvey - 1995) traduit de l'anglais par Daniel Lemoine, Editions du Masque, 2007 - Livre de Poche
Encore un nouveau personnage : Gordon Reeve, ancien SAS (tiens donc !) reconverti dans l'organisation de week-ends de survie en Ecosse. Pas de chance pour Gordon : son frère Jim, journaliste en Californie, vient d'être retrouvé mort. Suicide ? Gordon Reeve n'y croit pas beaucoup. Il n'hésite pas à s'embarquer pour les Etats-Unis, où il va découvrir que l'enquête a été un peu trop rondement menée. Il ne sait pas encore où il met les pieds ! Il rencontre un fantôme (normal pour un Ecossais) en la personne d'un ancien SAS qu'il croyait mort, et bientôt, s'aperçoit qu'il a à ses trousses des gens pas vraiment rassurants. Il sera obligé de faire face à un passé qu'il aurait sans doute préféré oublier. Un vrai thriller, avec un suspense béton, des accélérations haletantes, une belle réussite.

Ainsi saigne-t-il (Let it Bleed, 1995), traduit de l'anglais par Isabelle Maillet, Le Rocher - Folio policier 2003
La fille du maire d'Edimbourg a été enlevée. C'est du moins ce que prétendent deux jeunes gens dans un coup de téléphone. La police se lance à leurs trousses. Il fait froid, il neige, la route est dangereuse, le pont sur la Fife une patinoire. A l'issue d'une folle course poursuite, les deux jeunes gens manquent précipiter leur voiture dans la Fife. Acculés, les deux jeunes sautent du haut du pont et s'écrasent sur une frégate de la Royal Navy. On le voit, ça part fort. Et ça continue. Dans ce livre, Rankin dit lui-même qu'il a voulu en dire plus sur le personnage de Rebus, sa vie, sa passion pour la musique. Il raconte aussi qu'il a laissé consciemment certaines "loose ends", des questions non entièrement résolues. A tel point que son éditeur américain, plus cartésien qu'un Français, lui a demandé de réécrire une fin qui lève toutes les ambiguïtés. Ce qu'il a fait... Inutile de dire que dans l'édition anglaise, cette fin "américaine" n'est pas conservée, heureusement. Il a aussi fait particulièrement fort sur les dialogues, dont certains mériteraient de figurer dans une anthologie.

L'ombre du tueur (Black and Blue - 1997), Folio policier, 2003 - traduit de l'anglais par Edith Ochs
"Bible John", tel est le nom d'un serial killer qui terrorisa Edimbourg dans les années 60, et qui disparut corps et biens. Trente plus tard, une série de meurtres endeuille la capitale écossaise, et ils font étrangement penser à ceux de "Bible Jack". Le monstre est-il de retour ? Ce serait trop simple... A John Rebus de démêler l'affaire, et ça ne va pas être une partie de plaisir. Car on lui met une pression d'enfer, et en plus la piste va l'amener vers le nord, à Aberdeen, comme s'il ne faisait pas assez moche à Edimbourg. Aberdeen, le grand nord, l'industrie du pétrole implantée dans une région pauvre... Dans ce roman, Rebus est plus sombre que jamais, plus révolté que jamais... et meilleur que jamais.

Le jardin des pendus (The Hanging Garden - 1997), Folio policier, 2003, traduit de l'anglais par Edith Ochs
Ce titre, The Hanging Garden est également celui d'un album de Cure, et les exergues sont aussi des extraits de chansons de cet album. Retour de Ger Cafferty, ennemi préféré de John Rebus. Il a beau être en prison, ça ne l'empêche pas de nuire gravement à la santé mentale de Rebus. Ca va très loin, puisque la fille de Rebus, Samantha, est heurtée par une voiture... Inutile de dire que John a la rage, et qu'il ne va pas faire bon s'opposer à lui. Dans Le jardin des pendus, Rankin fait un constat inquiétant sur l'évolution de la délinquance, mais nous emmène aussi sur les traces de réseaux mafieux liés à la guerre en Bosnie. Franchement, dans ce roman, ça ne rigole pas... Mais qu'est-ce que c'est bien !

La mort dans l'âme (Dead Souls - 1999) traduit de l'anglais par Edith Ochs, Editions du Rocher 2004 - Folio policier
A l'époque où Ian Rankin a écrit ce livre, on assistait en Angleterre au spectacle consternant de pédophiles libérés de prison et quasi-lynchés par la population du quartier où ils s'étaient installés. Choqué par la situation, Rankin met en scène un de ces délinquants sexuels mis en liberté conditionnelle, et qui ne l'emportera pas en paradis. Dans le même temps, un collègue de Rebus, réputé exemplaire, se jette du haut d'une falaise sans raison apparente. Pour Rebus, double peine... Des enfants disparaissent, il faut les retrouver... ou tout au moins coincer leur ravisseur. Et il faut en plus braver les interdits pour savoir pourquoi ce collègue a sauté le pas. Rebus ne sera pas déçu, ou plutôt si... Désespéré par la nature humaine. Heureusement qu'il y a les Stones...

Du fond des ténèbres (Set in Darkness - 2000) traduit de l'anglais par Aline Azoulay, Editions du Masque 2004 - Livre de Poche
Il n'y a pas si longtemps que l'Ecosse a recouvré son Parlement indépendant. Il est donc temps de construire le siège de la nouvelle assemblée. Mais tout va mal : on découvre un cadavre sur le chantier, et peu après, c'est un clochard qui est assassiné. Pour couronner le tout, c'est au tour d'un jeune député en pleine campagne électorale de passer l'arme à gauche. On le devine, la pression est forte, et comme à son habitude Rebus va mettre à nu une réalité pas bien belle à voir. Dans cette enquête, on est proche du polar "procédural" car on suit pas à pas la progression de l'investigation. Ennuyeux ? Vous ne connaissez pas Ian Rankin !

The Falls (La Colline des chagrins - 2001), traduit de l'anglais par Daniel Lemoine, Le Livre de poche, 2007.
Un étudiant a disparu. Rebus enquête, et très vite il trébuche sur une poupée en bois sculpté, nichée dans un tout petit cercueil. Charmant.Jeu de rôle sur internet, pistes brouillées, l'amie Siobhan va jouer un rôle décisif dans cette enquête, car Rebus et l'informatique, ça fait deux. Mais elle va aussi se mettre en danger, et cela, Rebus ne le supporte pas. Le livre de tous les dangers.

Une dernière chance pour Rebus (Resurrection Men, 2002) - traduit par Freddy Michalski, Le Masque, 2006
Malgré ce que le titre pourrait laisser croire, il ne s'agit pas de la dernière enquête de Rebus. On peut dire que dans ce roman, Rankin pose clairement le problème de la conscience du flic. Peut-on vraiment rester "clean" quand on passe sa vie à côtoyer des malfrats et des assassins ? Rebus est rudement mis à l'épreuve pendant cette double enquête : il s'est montré plus qu'irrespectueux envers sa supérieure, et pour lui apprendre à vivre, on le renvoie à l'Académie de police pour lui faire passer le goût de la rébellion. Là, il côtoie les plus fortes têtes du métier... Pendant qu'il travaille sur le meurtre d'un petit loubard de Glasgow, sa fidèle Siobhan, elle, enquête sur l'assassinat d'un galeriste d'Edimbourg. Et au milieu, comme d'habitude, la figure maléfique de Ger Cafferty...Au bout d'un moment, ça sent un peu trop la corruption...

Cicatrices (A Question of Blood, 2003) - traduit par Daniel Lemoine, Le Masque, 2007
Ca part très mal : Rebus vient de s'ébouillanter les mains dans des circonstances un peu floues, et un malfrat meurt dans l'incendie de sa maison le lendemain du soir où il a été vu en compagnie de John Rebus. Pour couronner le tout, un neveu de John meurt sous les balles d'un forcené, ancien SAS,  qui se suicide après avoir fait un carnage dans une école de South Queensferry, une petite ville côtière au nord d'Edimbourg. Heureusement, Siobhan est là pour lui servir de nounou, car pour Rebus, là, c'est sans les mains au sens propre du terme. Laquelle Siobhan est la proie d'un harceleur qui la poursuit jusqu'après sa mort... Pour Rebus, c'est pire que le purgatoire, mais l'enfer n'est jamais sûr... Peu encouragé par ses collègues, John n'en résout pas moins son enquête, mais dans des conditions disons... pour le moins ambiguës.

Fleshmarket Close (Fleshmarket Alley, 2004) - traduit par Daniel Lemoine, Le masque, 2008
Pour certains, le meilleur Rebus. Personnellement, j'hésite... Mais celui-là est un grand cru, c'est sûr. Sous une dalle de béton de Fleshmarket Close, un quartier d'Edimbourg où le branché côtoie le sordide, on retrouve les ossements d'une femme et d'un enfant. Et sur qui ça tombe, cette histoire ? sur Rebus, bien sûr. Qui sont ces cadavres ? La mère et l'enfant ? Où est le piège ? A côté de ça, un immigrant clandestin est assassiné dans un lotissement en construction. Crime raciste ? Règlement de compte ? Quant à Siobhan, son enquête la conduit un peu trop près d'un violeur déjà condamné et franchement effrayant. Dans ce roman, c'est un véritable constat social totalement pessimiste que dresse Rankin, qui nous emmène à sa suite dans les bas-fonds de la ville, mais aussi dans des milieux où l'argent excuse tous les crimes, même les plus horribles. Rankin nous a concocté là une intrigue particulièrement bien tricotée, explosive et très noire...

L'appel des morts (The naming of the dead, 2006) - traduit par Daniel Lemoine, Le Masque, 2009
Le roman commence avec un enterrement, celui de Mickey, le frère de John Rebus. Mais ce dernier n'a pas le temps de faire son deuil. On est en plein dans l'actualité : l'action de cet épisode se déroule pendant la réunion du G8 de 2005 à Edimbourg. Toute la police est sur les dents, ce qui n'empêche pas un député de tomber du haut des remparts... Il faut étouffer l'affaire, ça ne fait pas propre. Demander à Rebus d'étouffer une affaire, quelle idée ! Surtout que dans le même temps, trois violeurs sortis de prison sont assassinés. Avec Siobhan, Rebus va narguer l'ennemi - la Special Branch - et remuer ciel et terre pour trouver les coupables et élucider l'affaire. Ger Cafferty est plus présent que jamais, et on se demandera longtemps ce qui le pousse à aider Rebus à réussir... Structuré comme un album - les parties du livre s'appellent des "Faces", ce roman, sur fond de mondialisation galopante, est complexe et passionnant. Il est aussi une belle réflexion sur les politiques et leurs comportements.

Exit Music (Exit Music, 2007) - traduit par Daniel Lemoine, Le Masque, 2010
Le der des der, et pas le moindre. On s'en doutait, pour sa dernière enquête de Rebus, Ian Rankin ne pouvait pas rater son coup. Exit Music se lit avec nostalgie, car on sait que c'est le dernier, et Rebus aussi. Le temps qui passe est particulièrement sensible dans Exit Music... Un poète russe dissident est assassiné. A première vue, il y a erreur sur la personne. A première vue seulement. Edimbourg accueille une délégation d'hommes d'affaires russes, et bien sûr cette histoire fait un peu tache. Si on pouvait l'escamoter, ce serait parfait. C'est mal connaître John Rebus, qui, en fin de carrière, n'a plus rien à perdre. Dans cette histoire, on découvrira progressivement que les "businessmen" sont plutôt des mafieux, que certains notables locaux sont impliqués dans les magouilles, et que Ger Cafferty n'est pas loin. Rebus est mis à pied, à la veille de sa retraite, mais même cela ne l'empêche pas de continuer son enquête, têtu, déterminé, rageur. En fait, on a bien du mal à croire que c'est fini...

L'après-Rebus

Portes ouvertes (Doors Open, 2008) - traduit par Stéphane Carn, Le Masque, 2011
Un intermède dans la bibliographie de Ian Rankin, une récréation presque. Les trois hommes qui servent de héros à cette aventure pas banale sont des personnages comme on a peu l'habitude d'en voir chez Rankin : un conseiller financier las de sa vie professionnelle, un créateur de start up plein aux as, mais qui s'ennuie un peu, et un professeur spécialiste en histoire de l'art. Ces trois-là, chacun pour une motivation différente, vont décider de faire le grand saut et d'échafauder un "coup fumant" : débarrasser les entrepôts pleins à craquer de la National Gallery d'Edimbourg de leur excédent... "Aider ces malheureux tableaux emprisonnés à s'évader." Parler, mitonner des plans imparables, c'est une chose. Passer à l'acte, c'en est une autre. Le trio a besoin de main d’œuvre "professionnelle"... Et bien sûr, c'est là que ça se gâte, c'est le moins qu'on puisse dire. Un régal d'humour et d'énergie.


A Cool Head (2009), non traduit
Ce petit livre est dédié à Richard Havers, qui emmena Ian Rankin voir un concert des Beach Boys où le groupe chantait une chanson où il était question "de garder la tête froide et le coeur chaud". Avec l'esprit de contradiction qui le caractérise, Ian Rankin s'est demandé ce que ça donnerait s'il faisait exactement l'inverse ! Résultat : A Cool Head, écrit spécialement pour une opération organisée en Angleterre, "Quick Reads", qui a pour but de redonner le goût de la lecture à ceux qui l'ont perdu. L'histoire : Gravy, trente ans, un peu simplet, travaille dans un cimetière. Un jour qu'il est en plein labeur, il voit arriver son copain Benjy dans une voiture qu'il ne connaît pas. Benjy a une balle dans le ventre, et il confie à Gravy un flingue pour qu'il le cache... C'est le début d'une histoire infernale et cocasse.

Plaintes (The Complaints - Orion Books, 2010), traduit par Freddy Michalski, Le Masque 2012
Un nouveau héros pour Ian Rankin, flic lui aussi mais aussi éloigné de Rebus qu'on peut l'imaginer. Son nom : Malcolm Fox. Malcolm ne boit pas, ne fume pas, et en plus il travaille pour l'équivalent de l'IGS, c'est dire si on l'aime, chez les flics de base... Mais il est confronté à la corruption, au banditisme et ce n'est pas tous les jours dimanche pour lui. Dans la première partie du livre, Fox parvient à confondre un "ripou" qui fait des siennes depuis longtemps. Belle victoire. Mais ça n'est pas fini : il lui faut maintenant coincer un flic qu'on soupçonne d'être proche d'un réseau pédophile. C'est une autre paire de manches... L'action se passe toujours à Edimbourg, mais on sent que la crise est passée par là... C'en est fini des affaires vite montées et des fortunes vite faites. La conjoncture est noire, l'histoire aussi !

Les guetteurs (The Impossible Dead, Orion Books, 2011), traduit par Freddy Michalski, Le Masque, 2013
Deuxième enquête de Malcolm Fox, ce roman plonge dans l'histoire de l'Ecosse, plus précisément celle des années 70 et 80, où, on le sait peu, sévissaient un certain nombre de groupes indépendantistes terroristes. Peu doués, et spécialistes des foirages lamentables. Une intrigue foisonnante, complexe, une mise à l'épreuve réussie pour Malcolm Fox, et une vision très lucide de ce que sont devenus les ex-révolutionnaires... Une analyse très forte des enjeux de pouvoir.

John Rebus, le retour 
Debout dans la tombe d'un autre (Standing in another man's grave, Orion Books, 2012), traduit par Freddy Michalski, Le Masque, 2014
Eh oui, John Rebus est revenu. Après avoir été rattrapé par l'âge de la retraite, le voilà intégré à une unité civile spécialisée dans les affaires non élucidées, qui travaille bien sûr avec la police d'Edimbourg. Ceux qui connaissent Rebus le savent : l'homme est un obsessionnel, et ce qui l'obsède, c'est son travail. La chasse à l'assassin et à l'escroc, quoiqu'il en coûte. Ce travail, c'est toute sa vie. Alors, petit à petit, au fur et à mesure que se déroule l'histoire, Rebus reprend vie, piqué au vif par celui qui, depuis le début des années 2000, s'en prend à des femmes, tout au long d'une portion de la route A9, celle qui traverse une bonne partie de l'Ecosse et aboutit là-haut, tout au nord, à Thurso, en passant par Edimbourg et Inverness. Écartelé entre sa volonté de trouver la vérité, son empathie pour les victimes, sa résistance face à l'autorité en place et les pièges tendus par un Malcolm Fox discrètement présent, il retrouve toute sa vitalité, se débat comme un beau diable, et surtout ne lâche pas l'affaire, jamais.

On ne réveille pas un chien endormi (Saints of the Shadow Bible, Orion Books, 2014), traduit par Freddy Michalski, Le Masque, 2015
La réalité a rattrapé Ian Rankin : l'âge de la retraite dans la police a été relevé, et la loi permet maintenant de réviser un procès déjà jugé. Alors quand on propose à Rebus de réintégrer la police... John Rebus, 66 ans, de plus en plus solitaire, toujours buveur, toujours fumeur ("Ne me dis pas que tu fumes toujours", lui demande un collègue. "Il faut bien qu'il en reste un", répond-il), toujours conducteur de Saab. John Rebus accepte. Le voilà reparti, avec Siobhan Clarke et Malcolm Fox, à la poursuite de son passé... et de ses zones d'ombre. L'histoire se déroule sur fond de campagne référendaire. L'enjeu politique est le terrain de toutes les corruptions, Rebus est confronté au basculement de son monde. Un roman particulièrement sombre, ambigu, qui développe une énergie singulière.

Tels des loups affamés (Even Dogs in the Wild), Orion Books, 2015), traduit par Freddy Michalski, Le Masque, 2016
Voilà Rebus à nouveau atteint par la limite d'âge. Qu'à cela ne tienne, le voilà consultant pour la police d'Edimbourg. Qui a bien besoin de lui au moment où Big Ger Cafferty, ex-ennemi public n°1, échappe de justesse à une tentative d'assassinat. Qui connaît Cafferty mieux que Rebus ? A l'heure où la pègre de Glasgow débarque sur Edimbourg la bourgeoise, Rebus, Siobhan et Malcolm Fox devront unir leurs forces pour aller au bout d'un dur combat qui va remuer une belle quantité de boue malodorante... Tels des loups affamés est le fruit d'un bel équilibre entre enquête complexe, action menée tambour battant,  construction psychologique de haut vol. Et si on ajoute que la vision politique n'est jamais bien loin, on aura compris que, décidément, la maturité sied à Ian Rankin ...


Les petits plus

Rebus's Scotland - A Personal Journey, avec des photos de Tricia Malley et Ross Gillespie (Orion éditeur)
Un livre pour fans, mais pas que ! Dans ce livre, Ian Rankin revisite les hauts lieux des enquêtes de Rebus, et probablement, ces lieux sont aussi les siens. La promenade commence à Cardenden, lieu de naissance de Rankin, où l'on vient d'inaugurer une Ian Rankin Court au sein d'un nouveau lotissement pour gens aisés... Dans le texte, Ian Rankin retrace avec sensibilité et acuité la progression de son personnage mais aussi l'évolution d'une ville. Ce livre est en fait une autobiographie à peine dissimulée, et les amateurs de Rankin y trouveront bien des réponses. Les photos en noir et blanc, très belles, illustrent plus ou moins littéralement des citations extraites des romans. Bref, un indispensable pour les amateurs.

La série télé

Malheureusement, seuls quelques épisodes de la série Inspecteur Rebus ont été diffusés de façon très sporadique sur une chaîne câblée il y a quelques années. Espérons qu'un jour quelqu'un se décidera à proposer, dans l'ordre, les 14 épisodes de cette excellente série, à laquelle on pourra reprocher quelques raccourcis malvenus et une grande liberté prise par rapport aux romans. Une bizarrerie pour les deux premiers épisodes : Rebus était incarné par John Hannah qui, s'il est un excellent comédien, n'en est pas moins un choix étrange... Pour les autres épisodes, c'est Ken Stott qui prend le relais, et il est tellement crédible qu'au bout d'un moment, on ne peut plus imaginer Rebus autrement. En Angleterre, la série a été diffusée entre 2000 et 2007. Il semblerait qu'il y ait un espoir pour qu'une autre saison voie le jour, mais pas avec Ken Stott. A signaler : Ian Rankin n'a jamais vu un seul épisode de la série, ulcéré par le traitement réservé à ses romans, allègrement raccourcis, édulcorés, bref... défigurés. Une série qui se laisse regarder donc, mais qui ne rend pas justice à l’œuvre.

Le théâtre
En 2013, Ian Rankin s'essaie au théâtre et écrit, avec Mark Thomson, une pièce policière, A Dark Road. La pièce met en scène une enquêtrice qui revient sur un crime du passé, prise de doute quant à la culpabilité de celui qu'elle a arrêté 25 ans auparavant. Elle va donc ré-interroger l'homme, et se retrouver prise dans terrible piège fait de doutes et culpabilité. Suspense et noirceur : la pièce a été jouée à Edimbourg et y a remporté un grand succès.

Et d'autres choses encore...
En 2013, Ian Rankin écrit, pour accompagner la sortie d'un album de Rory Gallagher, grand amateur de romans noirs, un court texte très réussi en forme d'hommage à Raymond Chandler, Kickback City.
En 2016, il publie une sorte de conte cruel situé à Paris, dans le cadre de la librairie Shakespeare & Company, The Travelling Companion, où il rend un hommage appuyé à RL Stevenson.
Sans compter des contributions à des projets musicaux avec Mogwaï, des émissions de télévision, une participation à une graphic novel...

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