Patricia Highsmith



Patricia Highsmith, une femme seule

Comment aborder l’œuvre abondante et complexe de Patricia Highsmith sans s’intéresser à sa personnalité et à sa biographie ? Peu d’auteurs ont mis autant d’eux-mêmes dans leur œuvre et dans leurs personnages. Comprendre Ripley sans connaître Highsmith, c’est possible bien sûr. Mais nécessairement parcellaire. Je me serais bien contentée, humblement, de vous recommander l’achat d’une biographie de Patricia Highsmith. Malheureusement, aucune des deux biographies publiées n’est disponible en langue française.  

Voici donc une bio-bibliographie, forcément non exhaustive, largement inspirée du remarquable ouvrage Beautiful Shadow : A Life of Patricia Highsmith, publié par Bloomsbury en 2010. Une biographie comme on les aime, qui combine rigueur et documentation avec un véritable amour du sujet, signée par le journaliste Andrew Wilson,  (Guardian, Washington Post, etc.).

J’ai également consulté le livre imposant de Joan Schenkar, The Talented Miss Highsmith, publié par St Martin’s Press en 2010, passionnant mais plus difficile à appréhender dans le cadre de cet article à cause d’une approche non chronologique. 

À signaler également, l’ouvrage de Marijane Meaker, Highsmith, un amour des années 50 (éditions de Fallois), écrit par une des compagnes de Patricia Highsmith, et plus particulièrement consacré à une petite partie de la vie de Highsmith.


Une enfant singulière
Patricia Highsmith, de son vrai nom  Mary Patricia Plangman, naît en 1921 et passe son enfance dans la maison familiale, à Fort Worth (Texas). Dès l'âge de 6 ans, écrira-t-elle dans son journal, elle a la sensation d'être différente, elle sait que son orientation sexuelle va être déterminante. Amours enfantines avec quelques petites filles de l'école, jeux quotidiens avec les petits noirs qui habitent derrière chez elle, on imagine mal la jeune Patricia comme une fillette insouciante, jouant avec ses poupées à des jeux de petite fille. Quand elle a trois ans, sa mère épouse son beau-père, avec lequel elle aura quelques difficultés à s'entendre. Une seule chose la tire de son isolement : les moments où, à l'école, elle captive un auditoire d'élèves en leur racontant des histoires... 

New York New York
A l'âge de 11 ans, sa mère et son beau-père emmènent Patricia et déménagent à New York, où la petite fille découvre la foule, la très grande ville, et commence à se passionner pour la littérature. Elle s'intéresse à l'Antiquité, à l'histoire des Indiens d'Amérique, à Edgar Allan Poe et au héros de Conan Doyle, Sherlock Holmes, qu'elle considère comme un génie. Au bout d'un an, sa mère lui annonce qu'elle va divorcer et qu'elles vont toutes les deux retourner à Fort Worth. Hélas, si le déménagement a bien lieu, la mère de Patricia a tôt fait de retourner à New York, abandonnant là une Patricia folle de rage, de douleur et de solitude. Cet abandon résonnera longtemps dans la vie de l'auteur... L'exil ne dure pas longtemps, mais suffisamment pour marquer à jamais une adolescente déjà solitaire, fragile et attirée par la part d'ombre du monde qui l'entoure. 

L'université et la révélation
Retour à New York, Patricia réussit à entrer à l'Université Barnard, une des seules qui permette aux jeunes filles de faire quatre ans d'études. Le cursus est exigeant, la discipline aussi, mais Highsmith s'y épanouit : elle y approfondit son intérêt pour l'Antiquité, découvre les auteurs européens et commence à écrire régulièrement. Ses professeurs lui reconnaissent déjà un talent d'écrivain singulier, elle se fait remarquer par son génie narratif, exprimé dans un style sobre et simple mais étonnamment captivant. Plus tard, en parlant de ses débuts d'écrivain, elle dira : "Je sais pourquoi je me suis mise à écrire - pour faire sortir de moi une émotion, la voir sur le papier, aussi bien organisée que possible." Pendant ses années d'études à Barnard, Patricia Highsmith se lance à corps perdu dans la lecture, à la découverte de la littérature européenne, de Austen à Joyce en passant par Goethe, Proust ou Maupassant, à propos duquel elle écrira en 1940 : "Quelle satisfaction ce doit être que de façonner une histoire comme il le fait ! C'est bien le mot "façonner" qui convient, car dans son cas, ce n'est pas simplement de l'écriture, mais du ciselage, de la sculpture, éliminer tout l'inutile, arriver à la pureté, à la clarté." C'est effectivement ce vers quoi Patricia Highsmith tendra toute sa vie. Comme si, pour exprimer toute la complexité, toute la noirceur, toute l'ambigüité de l'humain, il fallait impérativement s'en tenir au mot juste, à la simplicité.
À cette époque, Highsmith lit de façon compulsive. Elle refuse les invitations, préférant passer ses soirées seule avec Thomas Mann, Strindberg, TS Eliot ou Baudelaire. Elle étudie à Barnard de 1938 à 1942, et ne se contente pas de s'abreuver de littérature. Elle s'intéresse aux philosophies orientales, s'approche du communisme par le biais d'une passion pour le combat des républicains espagnols, un engagement dans lequel elle n'est pas vraiment à l'aise, elle, la reine du clair-obscur et de l'ambivalence. Dès 1941, elle envisage de quitter la YCL (Young Communist League) dont elle fait partie. Après Marx, Freud : dès 1939, Patricia Highsmith s'intéresse de près à l'œuvre du fondateur de la psychanalyse, une discipline qu'elle désavouera complètement plus tard. Néanmoins son travail est clairement influencé par les notions de conscient et de subconscient, et par la conviction que c'est le subconscient qui doit présider à la création artistique et littéraire, puisque le conscient  est modelé par ce qui nous entoure. Elle continue à publier des  nouvelles, de plus en plus inquiétantes et troublantes, où elle utilise des situations banales auxquelles elle inflige un suspense insupportable. Madame Highsmith fait ses classes...

Fin d'études, libération sexuelle et indépendance
Quand elle ne travaille pas d'arrache-pied, à l'extérieur, elle est considérée comme une très jolie femme, froide, un brin hautaine, et ne se mêlant pas volontiers à ses congénères. En réalité, elle se replie sur elle-même, elle est paralysée par la timidité et aussi par une sexualité qui, à l'époque, est loin d'être acceptée. Ajoutons à cela que dans sa famille, rien ne va plus et vous obtiendrez une Patricia Highsmith qui, de plus en plus, se réfugie et s'enferme dans la lecture et l'écriture. Ses relations amicales et amoureuses sont passionnées et orageuses. En 1939, elle écrit : "Je lis, j'écris, je crée. Je dois me perdre dans le travail, afin qu'il ne reste plus de place ni pour l'autre, ni pour le reste." On ne saurait être plus clair. Et pourtant, elle est persuadée que sa littérature ne peut se nourrir que de la vie. Il faut donc vivre !
C'est ce à quoi elle s'applique en ce début des années 40, où elle se lance à corps perdu dans une multitude de liaisons et se met à vivre la vie de bohême de Greenwich Village. Une période sur laquelle Patricia Highsmith écrira abondamment, avec force détails. Elle entretient avec sa mère une relation très conflictuelle, désespère de pouvoir un jour quitter la maison, essaie de vendre ses nouvelles dans la presse, en vend quelques-unes, dont une à Harper's Bazaar, mais cela ne suffit pas à assurer son autonomie. Tous les soirs, sous la douche, elle s'astreint à inventer une nouvelle histoire : c'est à cette époque qu'elle commence à développer un de ses thèmes de prédilection, l'attirance ambiguë entre deux hommes de nature très différente.
En juin 1942, elle obtient son diplôme. Elle propose ses services à toute la presse, et finit par trouver un job d'assistante dans une maison d'édition. Cela ne dure pas longtemps : Patricia Highsmith est bien trop occupée à observer les gens pour fournir un travail de qualité... Néanmoins, elle obtient un poste stable chez un éditeur de bande dessinée, ce qui lui permet, enfin, de quitter le domicile familial et de s'installer dans un appartement new yorkais.
En 1943, elle part pour le Mexique avec son amie Chloe. Son idée : s'installer là-bas suffisamment longtemps pour y écrire son roman. Bientôt, les deux femmes ne se supportent plus et Chloé s'en va. Patricia Highsmith restera 5 mois au Mexique, insatisfaite par le travail accompli. De retour aux Etats-Unis, elle n'a plus un sou et part s'installer dans la maison familiale de Fort Worth. Elle dessine, elle peint, elle écrit. Sa vie amoureuse part dans tous les sens, elle est malheureuse : elle repart à New York, lit Sartre, L'Etranger de Camus qu'elle admire beaucoup et qui l'inspire. Si bien qu'elle commence à élaborer une histoire : celle de deux hommes qui échangent leurs meurtres. C'est en juin 1947 qu'elle commence à écrire L'inconnu du Nord-Express. Elle se prend d'une véritable passion pour Dostoïevski, passion qui durera toute sa vie. L'ambivalence, les contradictions qui caractérisent les personnages de L'Idiot inspireront ceux de L'inconnu du Nord Express

Premières publications, reconnaissance
En 1950 paraît L'inconnu du Nord Express, adapté dès l'année suivante par Alfred Hitchcock qui a acheté les droits pour une bouchée de pain. Le roman connaît un succès d'estime, On lui reproche certaines invraisemblances psychologiques : pourtant, Highsmith s'est directement inspirée d'individus bien réels pour construire ses personnages principaux. En revanche, le film constitue un des premiers succès publics de Hitchcock.
 

Pourtant, la réalisation du film n'a pas été une partie de plaisir : Hitchcock fait appel à... Raymond Chandler pour travailler sur le scénario. Pour l'anecdote, la collaboration fut pour le moins orageuse, à tel point que Hitchcock fit refaire le travail entièrement par Czenzi Ormonde. Patricia Highsmith décide alors de partir pour l'Europe, où elle va partager son temps entre l'Angleterre, l'Italie, la France et la Suisse, nouant au passage des relations toujours orageuses avec plusieurs femmes.
Le retour aux Etats-Unis est l'occasion de nouveaux drames intimes, et Patricia Highsmith retournera vivre à Fort Worth en 1953 et 1954, à la fois pour échapper à ces tumultes sentimentaux et pour écrire son nouveau roman, Le meurtrier. Mais la vie à Fort Worth est bien ennuyeuse... L'alcool jouera le rôle de dérivatif, et l'addiction de Patricia Highsmith prendra un tournant décisif au cours de cette période. 

Naissance de Ripley


Après une nouvelle déception amoureuse, l'idée du premier roman où apparaît Tom Ripley prend forme. Très vite, Patricia Highsmith écrit M. Ripley. De cette période d'écriture, elle dira : "C'était comme si Tom Ripley écrivait lui-même. Le texte jaillissait naturellement." Quant à l'histoire, bien connue de ceux qui ont vu le film Plein Soleil de René Clément (1960) avec Alain Delon et Maurice Ronet, ou son pâle remake de 1999 signé Anthony Minghella, avec Jude Law et Matt Damon, elle est très librement inspirée d'un roman de Henry James, Les Ambassadeurs.
Les thèmes centraux sont chers à Highsmith depuis longtemps : le réel et l'apparence, l'identité, la duplicité, le mensonge, la fascination pour le meurtre. Ces thèmes seront approfondis, développés par la suite dans toute son œuvre. Quant aux personnages, ils lui sont inspirés par ses souvenirs d'Europe, et plus particulièrement par son séjour à Positano. Comme elle le dira elle-même, Tom Ripley, c'est à la fois le double de Patricia Highsmith et l'homme de sa vie... Le livre paraît en 1955 et est très bien accueilli par la critique. Il remporte de nombreuses récompenses, dont le prestigieux prix Edgar Allan Poe. 

Une vie personnelle torturée


C'est sa relation longue et difficile avec Helen Hill, une femme plus âgée qu'elle avec laquelle elle vit depuis plusieurs années une histoire jalonnée de violentes disputes, de tentatives de suicide, de ruptures et de réconciliations, qui va inspirer à Patricia Highsmith son prochain roman, Eaux profondes, qui décrit la longue et perverse agonie d'un couple qui se déteste. Le roman sera adapté à l'écran par Michel Deville en 1981, avec Isabelle Huppert et Jean-Louis Trintignant. Lors d'une interview, Craig Brown suggère à Patricia Highsmith que Vic, le mari, est un homme faible, un minable jusqu'à ce qu'il se mette à assassiner les amants de sa femme. Patricia Highsmith monte au créneau pour défendre son personnage : "C'est vrai qu'il est un peu étrange, mais au moins il finit par agir (...) Au moins il essaie de faire quelque chose." Encore une fois, la presse s'interrogera sur le sens moral de l'auteur...
A ce moment-là, à l'été 1956, Patricia Highsmith a rompu avec Helen Hill, et vit avec une jeune femme "anonyme" : le couple emménage à la campagne, dans une grange restaurée à une heure de Manhattan. Mais la lune de miel est de courte durée : Highsmith pense qu'elle n'est pas faite pour la vie de couple, en clair, elle étouffe. Ce qui ne l'empêche pas de prendre des notes pour son nouveau roman, Jeu pour les vivants. Le travail sur ce livre est une souffrance. A l'époque, Highsmith lit Kierkegaard, et elle ne parvient pas à intégrer la réflexion philosophique à l'écriture romanesque. Elle sait que le livre est déséquilibré, maladroit... Son éditeur ne s'y trompe pas, qui la fait retravailler entièrement son texte. Le livre finit par paraître, mais Highsmith le considèrera toujours comme le "mouton noir" de son importante production littéraire.

Nul n’est prophète en son pays
Les romans se succèdent avec une belle régularité, et un accueil toujours aussi mitigé dans le pays natal de l'auteur : pendant toute sa carrière, aucun roman de Patricia Highsmith ne dépassera les 8000 exemplaires vendus, de son vivant tout du moins. Les Américains ont du mal avec l'ambiguité morale de Patricia Highsmith, sa vie sexuelle très libre, sa fascination pour l'acte meurtrier. Et surtout ils ont du mal avec le fait qu'il est finalement impossible de la ranger dans la petite boîte bien pratique des auteurs de polars. IL faut dire qu'elle fait preuve d'une lucidité de mauvais aloi... Dans son journal, en 1958, elle écrit : "Inutile de se demander si l'auteur de roman policier a en lui quelque chose de criminel. Il perpétue de petites tromperies, des mensonges et des crimes à chaque fois qu'il écrit. Tout cela est une grande mascarade, une tromperie honteuse déguisée en distraction." L'auteur Ronald Blythe, qui faisait partie de ses amis, se rappelle à quel point Highsmith prenait son travail au sérieux. "Elle ne se considérait pas du tout comme un auteur de roman policier, mais elle aimait l'idée du suspense, et elle était fascinée par l'amoralité."

Tom Ripley, le retour
En 1965, elle commence à réfléchir à un second roman avec Tom Ripley, à l'occasion de l'écriture d'un scénario pour la télévision. Ce n'est qu'en 1970 que ce roman paraîtra. Dans l'intervalle, elle publiera L'homme qui racontait des histoires, un roman à suspense sans meurtre, qui ne sera pas bien accueilli par la critique, puis Ceux qui prennent le large, qui encore une fois embarrasse les critiques britanniques : où classer Patricia Highsmith, avec Agatha Christie ou avec Iris Murdoch ? Avec ce roman, Highsmith prend résolument place parmi les grands romanciers du siècle, peu importe le genre. Elle y maîtrise parfaitement les jeux de relations pratiquement masochistes, la séduction qui ne dit pas son nom, les situations où le chat et la souris rivalisent de cruauté, les faux-semblants, les fausses identités. Elle impose son style d'une sobriété redoutable, qu'elle met au service d'intrigues particulièrement sophistiquées, créant ainsi un saisissant contraste entre un langage simple décrivant des situations très perverses. 

Le début des années France
Toutes ces années, Highsmith les a passées à voyager en Europe, avec de brefs retours aux Etats-Unis. C'est en 1967 qu'elle décide d'emménager en Seine-et-Marne, près de Fontainebleau. Elle commence par louer une maison à Bois Fontaine, puis finit par acheter une demeure à Samois sur Seine. C'est là qu'elle commencera à travailler à son roman "tunisien", L'empreinte du faux, dont Graham Greene dira qu'il s'agit là du meilleur roman de son amie. On se rappelle que Highsmith, étudiante, avait lu et beaucoup aimé L'Etranger. Dans ce livre, elle lui rend un hommage certain, puisque le roman commence pratiquement par une scène où le héros, installé dans un bungalow en Tunisie, est effrayé par l'irruption nocturne d'un homme enturbanné et lui jette à la tête une machine à écrire, le tuant sur le coup. À la parution, certains critiques commencent à dire que Highsmith a inventé une nouvelle forme romanesque... Néanmoins, les Etats-Unis restent imperméables aux charmes de Patricia Highsmith : son éditeur lui explique que ses livres sont "trop subtils" et que ses personnages sont antipathiques. Highsmith répondra, vexée, "Il se pourrait bien que mes prochains livres parlent d'animaux." 

De chaos personnel en chaos politique
En 1968, avant d'entreprendre un voyage à Londres, Patricia Highsmith déménage encore une fois: elle achète une maison à Montmachoux, non loin de Samois, fidèle à la Seine-et-Marne, là où elle a également décidé de faire habiter son héros/double Tom Ripley. Ce déménagement correspond à une énième rupture amoureuse orageuse avec son amie Elizabeth.  En plus, elle apprécie très modérément les événements de mai 1968, ses grèves, ses problèmes d'approvisionnement, bref ce désordre ! Sa nouvelle liaison amoureuse tourne vite au vinaigre, et elle se retrouve seule, encore une fois. La fin des années 60 ressemble à un cataclysme pour Patricia Highsmith : entre le chaos privé et le chaos politique, la guerre au Vietnam, la contre-culture et ses manifestations aux Etats-Unis, tout va mal. Elle écrit à Ronald Blythe : "Nixon est le président le plus impopulaire depuis Hoover - qui a eu la malchance de conduire les Etats-Unis à la crise de 29." Tout cela lui inspire son roman La rançon du chien, basé sur l'histoire de l'enlèvement d'un chien et de lettres anonymes. Malgré les apparences, il s'agit là d'un roman social, où Highsmith explore les questions de classe, l'immigration, et évoque la société contemporaine avec une certaine virulence. A sa publication en 1971, le livre recevra un accueil mitigé, à l'exception de Graham Greene, l'ami fidèle.

Votre rêve de bonheur? « Je ne rêve pas de bonheur. »
1970, nouveau déménagement à Moncourt, toujours en Seine-et-Marne. Highsmith veut se rapprocher de certains de ses amis, et "en finir avec sa vie d'ermite". Elle s'installe dans sa nouvelle maison en novembre 1970.  Fin 71, elle commence à prendre des notes pour un nouvel épisode de Ripley. Ce sera Ripley s'amuse, rebaptisé L'Ami américain en France suite à la sortie du film de Wim Wenders. L'histoire ? Jonathan Trevanny, encadreur à Fontainebleau, est atteint d'une leucémie. Il n'a plus que quelques mois à vivre et se fait beaucoup de souci pour l'avenir de sa famille. Il finit par céder à l'insistance de Tom Ripley, dont il a fait la connaissance lors d'une soirée, et qui lui propose beaucoup d'argent en échange d'un meurtre. Particulièrement réussi, violent, cruel et cynique, le roman, pour Highsmith, a pour thème central la peur de la mort. Le livre sort en 1974, et comme d'habitude partage les critiques. Les uns saluent la performance, le comparant même aux premiers romans d'Eric Ambler. Les autres sont rebutés par le personnage de Ripley, "ce monstrueux paranoïaque." Highsmith est de plus en plus misanthrope, de plus en plus difficile à vivre, ceux qui l'aiment ont bien du mérite... Lorsqu'elle apprend qu'une de ses anciennes amies, quinquagénaire, traverse une passe difficile et se pose des questions sur le sens de la vie, elle écrit dans une lettre à une autre amie : "Elle est incapable de se rendre compte que la vie n'a pas de sens." Highsmith est terriblement seule, elle n'est pas heureuse. Mais après tout, ne répondra-t-elle pas à la question "Quel est votre rêve de bonheur?": "Je ne rêve pas de bonheur." Et, en 1972, dans son journal, elle écrit : "Le travail est la seule chose importante, la seule joie dans la vie. Les ennuis commencent quand on s'arrête pour regarder ce qu'on a accompli."
En 1976 paraît Le journal d'Edith, un roman auquel Patricia Highsmith tient tout particulièrement. La publication n'a pas été simple : son éditeur Knopf refuse le manuscrit car il ne s'inscrit pas dans une ligne bien définie : ce n'est pas tout à fait un roman policier, et pourtant il y a une intrigue à suspense... Lorsqu'on lui en parle, Patricia Highsmith répond : "Franchement, ça n'est pas mon problème, c'est celui de l'éditeur." Le livre paraîtra finalement chez Simon & Schuster aux Etats-Unis. Et il sera accueilli avec enthousiasme par la critique. Le journal d'Edith est l'histoire d'une femme américaine "normale" qui conjure son ennui et la vacuité de sa vie en écrivant un journal dans lequel elle se fabrique une vie imaginaire. Quand la réalité entre en collision avec la fiction, tout bascule... Les lecteurs trop rapides n'y verront que la narration sans intérêt d'une vie sans intérêt, les autres y retrouveront les thèmes qui hantent Patricia Highsmith, réalité et fantasme, identité, double vie, fragilité de la frontière entre raison et déraison, développés ici sur un ton effroyablement calme, froid, clinique.


Ripley, toujours
Cette même année, Patricia Highsmith commence à travailler à un nouvel épisode de la série des Tom Ripley, qui deviendra Sur les pas de Ripley. Elle s'accorde plusieurs mois de réflexion et de recherche avant de commencer à écrire. Il lui faudra trois ans pour terminer son manuscrit et l'envoyer à son éditeur. L'année 1976 est également marquée par le mécontentement de Patricia Highsmith à la lecture du script du film L'ami américain, adaptation de Ripley s’amuse. Elle ne décolère pas face au choix de l'acteur qui incarnera Tom Ripley, à savoir Dennis Hopper, qui pour elle n'est rien de plus qu'un petit truand. Elle va jusqu'à envisager de rendre l'argent qu'elle a reçu à la société de production. Pourtant, quand elle avait rencontré en 1974 Wim Wenders, accompagné de l'auteur autrichien Peter Handke, le rendez-vous s’était plutôt bien passé, et Wenders avait été impressionné par le personnage : "On ne pouvait rien lui cacher, on avait l'impression qu'elle voyait à travers vous. Avec elle, le seul mode de fonctionnement possible était une honnêteté absolue." A la sortie du film, l'auteur et le réalisateur se rencontrent à nouveau, et Wenders se rappelle la tristesse qui présidait à ce rendez-vous : Highsmith était vraiment mécontente du choix de Dennis Hopper, elle n'aimait pas le film. Wenders, lui, était - à juste titre - fier de son œuvre, et très contrarié par la réaction de Patricia Highsmith. Qui, quelques mois plus tard, après avoir revu le film, lui écrira pour lui confier qu'elle a changé d'avis, et qu'il a réussi à se rapprocher de l'esprit du livre plus qu'aucune autre adaptation. Une lettre que Wenders accrochera au-dessus de son bureau. Mais quand même, le choix de Hopper et de son Stetson reste en travers de la gorge de l'écrivain...

Tom Ripley, créature de Patricia Highsmith, insaisissable et dangereux...

A chaque diffusion, le Plein Soleil de René Clément attire son quota de téléspectateurs, heureux de retrouver Alain Delon du temps de sa splendeur. Première adaptation de la série des Ripley pour le grand écran, ce film était aussi le préféré de l'auteur Patricia Highsmith, qui considérait Delon comme LE parfait Ripley. On regrettera juste que l'on ait ménagé une fin "morale" alors que le roman de Patricia Highsmith, Monsieur Ripley, se terminait de façon parfaitement amorale, cynique, ironique, un vrai pied de nez du destin... Revenons un peu sur ce héros romanesque parfaitement insondable, qui séduit autant qu'il épouvante. Tom Ripley...

On fait sa connaissance dans Monsieur Ripley, paru en France en 1957, qui reçoit d'emblée le Grand Prix de Littérature policière. Tom Ripley est un jeune homme plutôt pauvre, un peu instable. M. Greenleaf, richissime homme d'affaires, le prend pour un ami proche de son fils Dickie, parti vivre sa vie en Europe. Il charge Tom d'embarquer pour le vieux continent afin d'y retrouver Dickie et de le ramener au bercail, où l'attend une brillante carrière. Tom joue le jeu : partir en Europe, muni d'un confortable pécule, quand on n'a ni projet, ni attache, ça ne se refuse pas... Le voilà donc en route pour l'Italie, à Mongibello, petit port proche de Naples où Dickie file le parfait amour avec son amie Marge. Après quelques jours d'observation, Tom Ripley met en œuvre son plan "séduction". Il s'agit de devenir le meilleur ami de Dickie, de lui avouer la raison de sa présence à Mongibello, et de se rendre indispensable. Tout fonctionne à merveille. Mais quel est le but de Tom ? Profiter de la générosité de M. Greenleaf aussi longtemps que possible, puis rentrer aux Etats-Unis ? Non, ce serait ridiculement peu ambitieux. Dickie et lui ont le même âge, un aspect physique comparable. Tom a l'étrange faculté de s'adapter à toutes les situations. Il a aussi une singulière capacité à faire abstraction de tout sens moral, et une absence de scrupules absolue. Son plan est donc archi-simple, mais ambitieux : se faire passer pour Dickie Greenleaf... Ce serait mal connaître Patricia Highsmith que de croire qu'on va en rester là. Non, elle va manipuler son personnage et l'emmener au point de non-retour, jusqu'à l'aboutissement incroyable d'un chemin de plus en plus tortueux et de plus en en plus inquiétant...

Dans l'épisode suivant, Ripley et les ombres, paru en 1970, nous retrouvons Tom Ripley 6 ans après les faits racontés dans Monsieur Ripley. Il a épousé Héloïse, douce et riche héritière, et vit en Seine-et-Marne, près de Fontainebleau. Tom Ripley est devenu un véritable grand bourgeois, il joue du clavecin, décore avec goût sa jolie maison. Et s'intéresse à la peinture. Mais pas juste pour le plaisir... Car Tom Ripley n'a pas changé. Pour lui, la mort n'a toujours pas d'importance. Il décide donc de ramener à la vie le peintre Derwatt, et de remettre sur le marché, à prix d'or, des faux Derwatt. On est toujours dans le mensonge, la duplicité, le flou des identités, la relativité de la vérité, et en permanence sur le fil du rasoir. Car Ripley, s'il est intelligent, ne mesure pas toujours bien les risques qu'il prend. Et pourrait bien s'en mordre les doigts...

Dans le troisième volume de la série, Ripley s'amuse (1974), ce cher Tom s'en prend à un malheureux encadreur, Jonathan Trevanny. Jonathan est atteint d'une leucémie, il sait qu'il n'en a plus pour longtemps. Et il ne pense qu'à une chose : mettre sa famille à l'abri du besoin. Mais son activité professionnelle ne le lui permet pas : les temps sont durs pour un artisan honnête... Un soir, il rencontre Tom Ripley, qui lui propose la botte à sa manière. Le marché : Jonathan élimine un mafieux en échange d'un petit pactole. Pour Ripley, rien de plus facile : aucun lien entre le mafieux et Trevanny, aucun moyen de remonter la piste, c'est le crime parfait. Sauf que Trevanny, lui, n'est pas un assassin... C'est là que les choses se compliquent.

Dans le quatrième Ripley, Sur les pas de Ripley (1981), notre héros change de rôle. C'est lui qui va devenir la proie d'un séduisant jeune homme américain, héritier d'une famille de financiers, qui vient lui demander son aide car il ne veut pas de son héritage et souhaite échapper à sa famille. Ça vous rappelle quelque chose ? Ripley se prend au jeu, emmène son jeune ami à Berlin pour l'y aider à se cacher. Manque de chance, l'héritier est enlevé. Et Ripley va se lancer à sa recherche...

Dans le dernier volume de la série, Ripley entre deux eaux (1992), Ripley est sur la sellette. Confortablement installé dans sa maison proche de Fontainebleau, il coule des jours paisibles avec la charmante Héloïse. Quand un couple d'Américains, les Pritchard, vient s'installer dans le voisinage. Les Pritchard en savent un peu trop sur le passé de Tom Ripley. C'est intolérable...

La série des Ripley a fait l'bjet de plusieurs adaptations au cinéma, à commencer par "Plein soleil" adaptation de Monsieur Ripley, le célèbre film de René Clément avec Alain Delon, Maurice Ronet et Marie Laforêt, sorti en 1960. C'est sans doute dans ce film que sont le mieux représentés les rapports plus qu'ambigus qui unissent Tom et Dickie, d'autant mieux mis en lumière qu'ils sont magnifiquement photographiés, d'une beauté saisissante, éblouis qu'ils sont par le soleil de l'Italie. Monsieur Ripley sera à nouveau adapté au cinéma par Anthony Minghella en 1999, avec Jude Law, Matt Damon et Gwyneth Paltrow. Une adaptation honnête mais un peu pâlichonne... Même si pour certains, ce film est plus fidèle au roman de Patricia Highsmith, ce qui est vrai en ce qui concerne la fin.
En 1977, c'est Wim Wenders qui s'y colle avec L'Ami américain, adaptation de Ripley s'amuse. C'est vrai, on est loin de la trame du livre. C'est vrai, comme le dira Patricia Highsmith, Dennis Hopper est un brin... surprenant dans le  rôle de Ripley. Et pourtant, Highsmith elle-même le reconnaîtra, ce film est sans doute le plus proche de ce qu'est Patricia Highsmith, de ce qu'elle dit, de son effroyable message et de sa vision de l'humanité. Outre le talent de Wim Wenders qui à l'époque était sans doute le plus doué des cinéastes européens, les comédiens sont particulièrement épatants : Bruno Ganz le magnifique dans le rôle de Jonathan l'encadreur, Dennis Hopper, l'homme au Stetson, dans celui de Ripley. Mais aussi des bonus impressionnants, car Wenders a voulu intégrer à son casting des metteurs en scène amis. C'est ainsi qu'on retrouve à l'image Nicholas Ray dans le rôle de Derwatt, Gérard Blain dans le rôle du gangster Raoul Minot, Samuel Fuller dans celui du gangster américain, Jean Eustache dans le rôle de l'ami du bar, Daniel Schmid...

En 2002, Liliana Cavani adaptera à son tour Ripley s'amuse avec John Malkovich dans le rôle de Ripley. Le film fera un flop relatif, et on peut le comprendre. Presque ennuyeux, légèrement laborieux, Cavani livre là un énième thriller sans âme, banal, très éloigné de l'esprit de Highsmith.

Quant au dernier avatar de Ripley, M. Ripley et les ombres, réalisé par Roger Spottiswoode et sorti en 2005, j'avoue ne pas l'avoir vu. Mais si j'en crois les critiques, c'est mieux ainsi...


 « Je crois aussi peu en Dieu que je crois à la chance »
En été 77, pendant un voyage dans le Tessin, Patricia Highsmith accorde une interview fleuve à Joan Juliet Buck, qui travaille pour l'Observer Magazine.  Après l'interview, les deux femmes visionnent ensemble l'adaptation que Claude Miller a réalisée du roman Ce mal étrange, le film Dites-lui que je l'aime, avec Depardieu et Miou-Miou. L'auteur n'aime pas le film, mais plus grave, elle ne se sent pas bien... Epuisée, vaincue par la solitude et l'hostilité, pétrie d'incertitudes et d'interrogations quasiment métaphysiques, Highsmith écrira : "Je crois aussi peu en Dieu que je crois à la chance."

En novembre, elle fait un voyage à Berlin, où elle rencontre la jeune comédienne Tabea Blumenschein, une jeune punk de talent dont elle tombe totalement amoureuse. Tabea a plus de trente ans de moins qu'elle, mais elle lui apporte une fraîcheur et un véritable renouveau d'inspiration. D'un autre côté, elle a les pieds sur terre... L'affaire ne dure pas longtemps, et la rupture constitue un coup terrible pour Patricia Highsmith. Elle essaie de se remettre au travail, mais n'arrive pas à se concentrer. Jusqu'à la rencontre à l'été de 1978 avec une jeune prof française, qui lui redonne un certain équilibre et lui permet de terminer Sur les pas de Ripley.

De désamour en maladie
Fin 79, Highsmith souffre de problèmes de circulation du sang. Après une hémorragie, elle est hospitalisée à Nemours. En mars 80, nouvelle hospitalisation à Paris, puis voyage en Suisse, où elle décide d'acheter une vieille maison à 12 km de Locarno. Elle est lasse des tracasseries administratives et divers contrôles fiscaux auxquels elle doit faire face en France. Pendant un séjour à Londres, elle doit subir une intervention chirurgicale suite à un problème artériel. En juillet 1980, elle rentre à Moncourt. Elle va mal, elle est totalement déprimée. En octobre, après avoir publié un recueil de nouvelles, elle commence à travailler à son prochain roman, Ces gens qui frappent à la porte, qui ne paraîtra qu'en 1983. Dans ce roman, Patricia Highsmith aborde avec justesse la question des religions, des sectes et de l'enfermement à travers l'histoire d'un petit assureur américain qui se convertit et devient un "born again Christian" (fondamentaliste). Cette mutation engendre des conflits, des violences abominables et une fin tragique. Bien accueilli par la presse anglaise à sa publication, le livre sera rejeté par son éditeur américain... Il faut dire que la dédicace au courage du peuple palestinien n'est pas bien comprise outre-Atlantique, c'est le moins qu'on puisse dire. Patricia Highsmith n'a plus d'éditeur dans son pays d'origine... 

Les années Suisse
En février 1981, elle s'installe dans sa maison d'Aurigeno, un tout petit village situé dans une vallée proche de Locarno. La demeure qu'elle a achetée est petite, sombre, mal chauffée, plutôt lugubre, si l'on en croit ses visiteurs de l'époque. En 1982, elle vend Moncourt et emménage à Aurigeno à plein temps. Fin 1983, elle signe un contrat avec son éditeur Calmann-Lévy, l'autorisant à publier son roman lesbien, Les eaux dérobées, sous le nom d'emprunt de Claire Morgan. Le livre paraîtra en France en 1985, et certains critiques n'auront pas beaucoup de mal à découvrir son auteur, alors que d'autres y verront la patte de... Enid Blyton ou Françoise Mallet-Joris !
En juin 1983, Patricia Highsmith commence à travailler à son nouveau roman, Une créature de rêve. L'été de la même année est marqué par une chaleur caniculaire qui l'épuise littéralement. En novembre, après un épisode de grippe, elle fait un séjour à New York où elle "repère" les lieux pour son nouveau roman, qui se déroule à Greenwich village, puis voyage en Europe et à Istanbul. Retour à Aurigeno en décembre 1984. Il y règne cette fois un froid glacial, la neige a envahi le village, Patricia Highsmith écrit quelques essais, et en février 1985 elle publie un article dans Libération, où elle explique pourquoi elle écrit : "Exorciser l'émotion, me distraire, mettre de l'ordre dans mes expériences", et surtout, conclut-elle, parce que l'écriture est une addiction. Au printemps, elle achève le manuscrit d’Une créature de rêve.  Ses éditeurs sont enthousiastes. Le roman raconte le destin de la jolie Elsie, serveuse et oiseau de nuit, qui fait l'objet d'un véritable harcèlement de la part d'un puritain qui a décidé de la sauver du péché. Elle se réfugie auprès d'un couple de bobos libérés et fortunés. Mais le remède sera peut-être pire que le mal...
Le 10 avril 1985, elle subit une opération à Londres pour éliminer une tumeur cancéreuse au poumon. Elle arrête de fumer du jour au lendemain. Quelques mois plus tard, lors d'une radio de contrôle, on lui apprend que sa tumeur n'était pas liée au tabac : "Cela ressemble à une mort en sursis", dira-t-elle. Elle décide de déménager encore une fois, car elle juge que la maison d'Aurigeno ne lui vaut rien... Elle songe à revenir en France, rêvasse d'une nouvelle vie à Santa Fé, fait un long séjour à New York. A son retour, l'architecte Tobias Ammann l'informe qu'un terrain est à vendre pas très loin d'Aurigeno, à Tegna. Une terre lumineuse, exposée au soleil, magnifique. C'est là qu'elle fera construire sa dernière maison, conçue avec Ammann, un bâtiment moderne et ultra-simple, tout en verre et bois, avec une vue imprenable sur la vallée : la Casa Highsmith...

  En 1987 sort en France le film de Claude Chabrol, Le cri du hibou, avec Christophe Malavoy, Mathilda May, Jean-Pierre Kalfon et Virgine Thévenet. Dommage que Chabrol ne se soit pas surpassé pour cette adaptation qui ne laisse pas un souvenir impérissable.
En 1988, enfin, Patricia Highsmith se sent reconnue par son pays d'origine quand le New Yorker, sous la plume de Terrence Rafferty, consacre une analyse approfondie à l'ensemble de son œuvre. Ce qui ne fera pas "décoller" les ventes américaines : pour Une créature de rêve, 40 000 exemplaires seront vendus en Allemagne contre 4000 aux Etats-Unis...




Patricia Highsmith pendant l’émission After Dark (Channel 4)
Photo By Open Media Ltd (Open Media Ltd) [CC-BY-SA-3.0 (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0)],
via Wikimedia Commons

Le 10 juin 1988, elle participe à l'émission télévisée After Dark, diffusée par Channel 4 (photo). Elle est invitée à s'exprimer sur un sujet délicat : comment survivre à la mort violente d'un proche? Les autres invités sont des parents de victimes, un policier, un ecclésiastique qui a purgé une peine de 9 ans de prison pour avoir assassiné sa mère, ainsi que l'épouse d'un ancien criminel. Pendant toute l'émission, Highsmith préfère poser les questions qu'y répondre ! Ses réponses sont évasives, sauf quand elle réplique à l'ecclésiastique qui vient d'affirmer que seul Dieu pouvait pardonner : "Vous avez avec Dieu des relations plus proches que les miennes, dit-elle. Quand vous me dites que seul Dieu peut pardonner, comment saurai-je si Dieu va m'en informer?"

De la Casa Highsmith à l’épilogue
Elle emménage à Tegna, dans la Casa Highsmith, en décembre 1988.
En 1990, certaines nouvelles de Patricia Highsmith font l'objet d'une série télévisée franco-britannique, qui sera diffusée en France sous le titre de Les cadavres exquis de Patricia Highsmith. Fin octobre, l'auteur envoie le manuscrit de Ripley entre deux eaux à ses éditeurs. Le début de 1991 est marqué par la mort de Graham Greene, Max Frisch et Martha Graham, événements qui plongent Patricia Highsmith dans une profonde tristesse. Greene, qu'elle n'a jamais rencontré, mais avec qui elle échangeait une correspondance, était un de ses principaux soutiens dans le monde de la littérature. Pour échapper à la déprime, elle se met à la peinture à l'huile. Le nouveau Ripley reçoit un succès d'estime : il est jugé moins complexe que ses prédécesseurs, mais néanmoins de lecture agréable... Patricia Highsmith fait une tournée de promotion en Angleterre et en Allemagne.
Encore une fois, sa santé lui joue des tours : en décembre, elle prend rendez-vous avec son médecin londonien, toujours pour le même problème d'artère. Elle subit une angioplastie en urgence : de l'aveu de son médecin lui-même, elle a eu de la chance...
La mère de Patricia Highsmith meurt en 1991, après des années de relations mère-fille houleuses qui se termineront par une rupture. La même année paraît en Angleterre le cinquième et dernier épisode de la série Ripley, Ripley entre deux eaux (voir page spéciale Ripley ici)
Au printemps 1992, Patricia Highsmith commence à travailler à ce qui sera son dernier roman, Small g : une idylle d’été. L'histoire se déroule à Zurich dans les milieux gays. Dans ce roman, le suspense a une importance marginale. D'après l'auteur de la biographie, ce roman aurait une dimension de "conte de fées moderne", où chaque personnage serait porteur d'une symbolique, et où l'histoire serait un plaidoyer pour la liberté, et en particulier la liberté sexuelle. Qui plus est, ce qui est exceptionnel, le roman se termine sur une note optimiste. Un roman de l'apaisement, en quelque sorte.
La santé de Patricia Highsmith est de plus en plus précaire, elle souffre d'une leucémie. Fin 93, elle organise ses affaires et vend à l'éditeur suisse Diogenes Verlag les droits de l'intégralité de son œuvre. En mai 1994, elle embauche Bruno Sager pour l'aider dans sa vie quotidienne à Tegna. En novembre, elle fait un ultime voyage à Paris à l'occasion du 30e anniversaire du Nouvel Observateur. Elle confie à Daniel Keel le rôle de médiateur pour vendre ses archives aux Swiss Literary Archives de Berne. Début février 1995, elle est dans un état de faiblesse telle qu'on doit l'hospitaliser à Locarno. Elle y mourra, seule, le 4 octobre à 6h30 du matin,

Tous les ouvrages de Patricia Highsmith ont été publiés en français par Calmann-Lévy, à l’exception des Deux visages de Janvier, de La Cellule de verre et de L’homme qui racontait des histoires, édités chez Robert Laffont. Tous ces romans sont également disponibles en Livre de poche ou chez Pocket.
Si vous vous intéressez aux documents laissés par Patricia Highsmith aux Swiss Literary Archives de Berne, rendez-vous sur le site de l’institution.

2 commentaires:

  1. http://carnetsdejlk.hautetfort.com/patricia_highsmith/

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  2. http://carnetsdejlk.hautetfort.com/apps/search/?s=Patricia+Highsmith

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