19 juillet 2017

Patrick K. Dewdney, "Écume" : de la forêt à la mer, un chemin escarpé

On se rappelle la surprise qu'avait suscitée il y a deux ans la publication de Crocs (voir chronique ici). Avec Écume, Patrick K. Dewdney reste fidèle à la collection Territori, mais change d'élément. De la terre à la mer... Deux personnages pour cette tragédie : le père et le fils. Dans Crocs, le personnage n'avait pas de nom. Même chose ici. Pas de nom, pas besoin. Qu'est-ce qui unit ces deux-là hormis les fameux liens du sang ? Ces liens qui, dans Ecume, vont prendre une dimension pour le moins singulière. 

Le père et le fils vivent sur la côte, là-haut, en bordure de Manche. Ils partagent une méchante cabane et un bateau de pêche, "La Gueuse". Tous deux sont aussi mutiques l'un que l'autre : ils se partagent le travail, la pêche en mer. Chacun ses missions, inutile de parler. De temps en temps, le fils fait une incursion dans la civilisation, sous couvert de ravitaillement au supermarché du coin. Il regarde, respire, écoute. Et ne parle à personne, car il n'y a personne à qui parler, et puis à quoi bon?. La vie de ces deux-là est ailleurs, mais où? Dans la cabane ? Sur le bateau, en mer? Entre les deux ? Dans le passé ? En tout cas, elle est dure, cette vie-là. Tellement dure que les deux hommes sont contraints de s'acoquiner avec un passeur anglais qui profite allègrement des migrants qu'il achemine, moyennant finance, outre-Manche. C'est dangereux, certes, mais il faut bien manger.

16 juillet 2017

Lilja Sigurdardottir, "Piégée" : Islande, entre trafic et banqueroute

Hiver 2010, Reykjavik. En plein krach boursier, juste après les caprices du volcan Eyjafjöll qui ont recouvert de cendres toute l'Islande et provoqué des perturbations dans le trafic aérien européen. Sonja rentre d'un voyage à Copenhague. Juste avant de s'envoler pour son retour à Reykjavik, elle a opéré un tour de passe sur la valise d'une jeune et jolie femme qui ne lui a rien demandé, mais qui va se retrouver avec, dans sa Samsonite, le petit paquet de drogue que Sonja doit rapatrier chez elle. A l'arrivée, nouveau tour de passe-passe : Sonja récupère la valise en faisant croire à la voyageuse qu'elles ont confondu leurs bagages. Voilà, Sonja a réussi, une fois de plus.
 
A Reykjavik, Agla, l'amante honteuse de Sonja, se débat dans les griffes de ceux qui sont en train de passer au peigne fin les opérations financières de la banque où elle occupe un poste important. Et ça va mal... Pour Agla, l'avenir est plus qu'incertain, et sa relation avec Sonja, déjà bien chaotique, tourne au vinaigre.
 

5 juillet 2017

RebusFest : un weekend à Edimbourg avec Ian Rankin pour les 30 ans de l'inspecteur Rebus





Tout ça ne nous rajeunit pas ! Et pourtant, ces quelques jours passés à Edimbourg pour rendre hommage à l'inspecteur John Rebus et à son créateur Ian Rankin témoignent d'une vitalité peu commune de l'un comme de l'autre. Le festival était annoncé depuis le mois d'avril, et pratiquement toutes les manifestations étaient complètes plusieurs semaines avant le début du festival. La ville d'Edimbourg était donc investie par des "fans" venus d'un peu partout, aficionados de toujours ou novices enthousiastes: c'est donc dans une ambiance toute particulière que s'est déroulé mon "pèlerinage" annuel à la capitale écossaise, qui n'a rien perdu de son charme ni de son éclat...


Le cas Rebus est probablement unique dans le monde de la littérature policière contemporaine. Jamais aucun enquêteur n'a autant symbolisé sa ville, jamais aucun auteur n'a donné de son pays et de sa capitale un portrait aussi fascinant et complexe, dépassant largement le cadre des enquêtes que Rankin continue à concocter  avec un savoir faire inimitable, et pas l'ombre d'un signe de lassitude. Au bout de trente ans, voilà qui n'est pas commun, et qui explique probablement la nature pratiquement sentimentale de l'attachement que les fans de Ian Rankin portent à leur auteur préféré. Et je sais de quoi je parle!

28 juin 2017

Luc Chomarat, "Le polar de l'été": ne le cherchez plus...

Luc Chomarat publie son premier roman à 22 ans, fait carrière dans la publicité, revient à la littérature en 2014, et remporte le Grand prix de littérature policière en 2016 avec Un trou dans la toile (Rivages). Virtuose du pastiche et du paradoxe, il ne faillit pas à sa réputation avec Le polar de l'été, un roman qui se savoure mais qui défie quelque peu la chronique, puisqu'il échappe résolument à toutes les classifications et défie joyeusement les approches classiques. On ne va pas mentir : ce genre de roman est salutaire pour le lecteur gourmand, en ce qu'il nous met face à nos vieilles habitudes, à nos facilités et à une certaine paresse.

Allons-y. Dès le début, nous voilà confronté à un problème tout bête : le héros de l'histoire n'a pas de nom. Ce qui somme toute est à peu près normal, puisque le roman est écrit à la première personne. Inutile d'attendre du secours des autres personnages : aucun d'entre eux n'aura la bonne idée d'appeler le héros par son prénom. Nous nous contenterons donc de cette appellation qui convient aussi mal que possible au personnage : le héros. 

21 juin 2017

Chuck Palahniuk, "Le Purgatoire": Madison au pays des horreurs

Revoilà Mademoiselle Madison Spencer, jeune morte assassinée de son état. Et elle va faire tout ce qu'il faut pour mettre un bazar sans nom dans le monde des vivants... Les fans de Chuck Palahniuk reconnaîtront tout de suite Madison, puisqu'on a fait sa connaissance dans Damnés, sorti en 2014 chez Sonatine. A l'époque, Madison était en enfer, où elle côtoyait toutes sortes de personnages plus célèbres les uns que les autres, rock stars, stars de cinéma et du show bizz échouées là suite à une vie de dépravation et d'excès. Que diable faisait une fillette de 13 ans dans ce lupanar des damnés ? Qu'à cela ne tienne, dans Le Purgatoire, Palahniuk en extrait Madison pour la parachuter dans le monde des non-morts, où elle va poursuivre sa quête. Elle ne va pas être déçue du voyage, et nous non plus.

5 juin 2017

Hervé Prudon, "La langue chienne" : remuée

Il n'est pas si fréquent de tomber sur un roman qui vous remue. C'est ce qui vient de m'arriver avec La langue chienne de Hervé Prudon. Publié une première fois à la Série noire en 2008, le roman n'avait sans doute pas rencontré le public qu'il méritait. On ne remerciera donc jamais assez les éditions de la Table ronde et Jérôme Leroy, qui a voulu le republier cette année dans la collection "La petite vermillon". Hervé Prudon est un auteur dont on ne parle pas assez. Pourtant, ce n'est pas faute d'avoir écrit : depuis la fin des années 70, il a publié une trentaine de titres, travaillé comme scénariste et comme auteur de théâtre, comme journaliste aussi. Peut-être est-ce le lot des auteurs qui ne se laissent pas enfermer dans un genre (et les codes qui vont avec) que d'être connus et reconnus par peu de lecteurs, suffisamment curieux et amoureux de la langue pour apprécier une littérature libre, tortueuse, audacieuse, qui ose franchir les barrières, défier les règles narratives auxquelles sont habitués les lecteurs, s'exprimer sur le mode poétique au sein même d'un roman noir.

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