18 janvier 2017

Hervé Le Corre, "Prendre les loups pour des chiens" : tragédie humaine sous soleil écrasant

Franck sort de prison, cinq ans à l'ombre. C'est Jessica, la compagne de son frère Fabien, qui vient le chercher pour l'emmener dans la maison de sa famille, sous le soleil écrasant du sud-ouest. Là vivent la mère de Jessica, mégère aux cheveux rouges, clope au bec et grande gueule; et son père, qui gagne sa vie en retapant des voitures pour une bande de truands du coin. Fabien n'est pas là: il est parti en Espagne pour "affaires", nul ne sait exactement quand il va rentrer. Et puis Rachel, petite personne brune en robe rouge. Rachel qui ne parle pas beaucoup, qui range sa chambre avec une méticulosité maniaque, qui ne supporte pas de boire dans un verre pas propre. Rachel, fille de Jessica.

15 janvier 2017

Joe Meno, "Le Blues de La Harpie" : "Personne n'est jamais totalement innocent" (Ian Rankin)

Tout commence avec Johnny Cash, Folsom Prison Blues, et c'est Joe Meno qui l'a décidé. Agullo éditions nous offre là le premier roman traduit en français d'un romancier dramaturge et journaliste né en 1974. Le Blues de La Harpie est son deuxième roman, initialement publié en 2001. Ce qui n'a rigoureusement aucune incidence puisque, si on sait dès le départ que l'histoire se déroule à La Harpie, bourgade de l'Illinois, l'époque n'a absolument aucune importance... 

Adoubé par Hubert Selby Jr lui-même, Joe Meno débarque donc en contrées francophones avec ce roman qui nous dévoile les codes de vie d'une petite ville un brin paumée en pleine campagne du MidWest. 




9 janvier 2017

Mark Winkler, "Je m'appelle Nathan Lucius" : dans la peau de Franz Kafka ?

Il y a des moments, comme ça, plus ou moins longs, où on s'imagine avoir perdu le goût de lire. On saisit un à un les livres non lus qui commencent à s'accumuler. On lit 10 pages, 20 pages, 50 pages. Rien à faire, ça n'accroche pas, alors on se force, on se dit que ça va aller mieux, sûrement. Et non, ça ne va pas mieux. Jusqu'à ce qu'on tombe sur LE livre qui va accomplir le petit miracle : la résurrection du goût pour les mots, le réveil de cette excitation unique que nous connaissons tous. Quand le miracle opère pendant les premiers jours de l'année, c'est double joie, et on se prend à céder à la superstition. Avec une première lecture comme celle-là, l'année va être bonne, c'est sûr. Du coup, je vous la souhaite excellente, cette année 2017; et surtout je vous souhaite qu'elle commence aussi bien qu'aux éditions Métailié, qui nous offrent avec ce deuxième roman d'un auteur sud-africain, Mark Winkler, un sacré cadeau.

29 décembre 2016

Eric Maneval, l'interview en roue libre

Photo Caroline de Benedetti
Les lecteurs d’Inflammation* (voir chronique ici) se posent des questions. Ils ont raison. Ce roman est dérangeant, effrayant, il y est question de faits réels qu’on a, curieusement, pratiquement oubliés alors qu’ils sont de nature à semer la panique dans l’esprit de n’importe qui, voire à inquiéter très sérieusement les États et les sociétés. Eric Maneval en sait-il plus qu’il ne l’écrit ? Ou, pire encore, veut-il nous réveiller, nous mettre en garde ? Veut-il nous faire peur ? Pour le savoir, il n’y avait qu’une solution. Lui poser les questions qui nous taraudent. Merci à lui d’y avoir répondu aussi franchement, même si ses réponses ne sont pas pour nous rassurer…

Commençons par le style, par rapport à Retour à la nuit (voir chronique ici), celui qu'une majorité de lecteurs connaît. Après avoir choisi l'économie, tu sembles avoir pris le parti d’une expression moins contrôlée, plus abordable. Comment expliques-tu cela ?
J’ai du mal à parler de mon style.  Je le trouve pauvre. Je peux être très facilement jaloux du style des autres, j’aimerais écrire comme Fred Gevart,  avoir la bravoure de François Médéline ou de Christophe Siebert, le classicisme de Jerôme Leroy, la sobriété ironique de Philippe Hauret, les inventions de Michael Mention, la précision de Marc Bruimaud  …  j’en oublie, je parle de mes dernières lectures. J’aimerais écrire comme ma femme qui même sur un post-it pour la liste des courses, a du style. Ça n’est  pas un choix d’économie, c’est que je suis pauvre. Je n’écris que ce que je sais écrire, c’est-à-dire ce qui est vrai, ce qui est indispensable, ce qui ne peut être interprété. J’ai horreur des passages de transition.  Je n’aime que les dialogues, parce que les personnages doivent parler, là je me trouve bon, je les fais parler, ils parlent, je les écoute. 

26 décembre 2016

Dashiell Hammett et Alex Raymond, Shirley Jackson et Miles Hyman: de l'histoire à l'image


Voilà deux livres on ne peut plus différents. Le premier, Agent secret X-9, est le fruit de la collaboration entre Dashiell Hammett et le dessinateur Alex Raymond, futur père illustre de Flash Gordon, réunit les planches d'une série commandée à Dashiell Hammett par le patron de presse Hearst pour faire concurrence à... Dick Tracy. Pourtant, Hammett n'est pas dans le besoin, il a déjà publié ses principaux romans et jouit d'une renommée bien installée. Pourtant, il relève le défi. Voilà comment est né le personnage de l'Agent secret X-9, sous la plume de Hammett et les crayons d'Alex Raymond. Le rythme de lecture, très rapide, est dicté par la cadence de publication de la BD : un épisodepar jour, condensé en un "strip", voilà qui exigeait de l'inventivité, un sens de l'action particulièrement aigu, et un savoir faire certain en matière de suspense. Le recueil, publié par Denoël en 2003, réunit les quatre histoires concoctées par Hammett et Raymond, "X-9 contre le dominateur", "Le mystère des armes silencieuses", "L'affaire Martyn" et "La voiture en flammes", qui parurent entre janvier 1934 et avril 1935. Il reprend une édition précédente, publiée par Futuropolis dans un format à l'italienne, mais respecte cette fois, page à page, l'édition originale et ses parutions quotidiennes. 


12 décembre 2016

Eric Maneval, Inflammation: apocalypse en famille

Il y a quelques années déjà, on découvrait avec Retour à la nuit - qui vient d'ailleurs de sortir en poche  (voir la chronique ici) - un auteur  peu prolixe, un style qui n'appartient qu'à lui, un roman troublant, sans concessions. Revoilà donc Eric Maneval, bouquiniste, guitariste et veilleur de nuit, nous dit la quatrième de couverture. Mais surtout insaisissable et surprenant. Avec Inflammation, il nous offre un récit au style plus abordable, plus généreux en dialogues et en descriptions, et par là même encore plus perturbant, car son roman, s'il se lit aisément, nous prend en traître :  il nous amène à regarder de plus près nos propres vies, nos relations amoureuses et familiales, la surface et la profondeur, la vérité et l'illusion. Et ce qu'il nous suggère n'a rien d'apaisant.

Articles récents